La zostère naine (Zostera noltii), une super-prairie de la lagune du Brusc

Par Agnes Lagroye
Photo d'un faisceau de feuilles de zostère naine

Zostera noltii, ou zostère naine, est une plante marine. Elle forme de vastes prairies sous-marines appelées herbiers, qui comptent parmi les écosystèmes côtiers les plus productifs et les plus précieux au monde. La zostère naine est présente dans la lagune du Brusc, en récupération après les brusques régressions des herbiers marins de la lagune dans les années 2000.

Contrairement aux algues, il s’agit d’une véritable plante à fleurs, pourvue de racines, de rhizomes, de tiges et de feuilles, qui a recolonisé le milieu marin après une origine terrestre. De petite taille comparée à sa cousine la zostère marine (Zostera marina), elle présente des feuilles fines, rubanées, longues de 10 à 25 centimètres pour une largeur de seulement 1 à 3 millimètres, d’un vert clair caractéristique. Les feuilles, disposées en éventail à l’extrémité de chaque pousse, possèdent une extrémité arrondie et présentent généralement trois à cinq nervures parallèles, un critère utile pour la distinguer d’autres espèces de zostères.

La zostère naine se développe à partir d’un rhizome rampant, fin et peu profondément enfoui dans le sédiment, d’où partent à intervalles réguliers des racines et des faisceaux de feuilles. Ce mode de croissance clonal lui permet de s’étendre horizontalement et de former des tapis denses et continus.

 

Cette plante peut se reproduire de deux façons complémentaires. La reproduction végétative, par extension et fragmentation du rhizome, est le mode dominant et permet une colonisation rapide de l’espace disponible. La reproduction sexuée, plus occasionnelle, se produit en période estivale : la zostère produit de discrètes fleurs immergées, dépourvues de pétales, dont la pollinisation s’effectue directement dans l’eau. Elle produit ensuite des graines qui peuvent rester dormantes dans le sédiment et assurer une dispersion et une régénération de l’herbier après une perturbation.

Photo d'une suite de faisceaux d'herbier marin le long d'un rhizome
Cet herbier s'étend sur un sol sableux nu. Cette progression est possible grâce à son rhizome sous-terrain, donc on peut suivre le tracé le long des faisceaux de feuilles.

Zostera noltii est une espèce résiliente et pionnière : elle est souvent la première à pouvoir coloniser un nouveau substrat minéral où peu d’autres plantes marines parviennent à s’établir. Elle affectionne les zones intertidales et les hauts de la zone subtidale, ce qui signifie qu’elle est régulièrement exposée à l’air libre lors des marées basses. Cette capacité à supporter l’émersion, la dessiccation partielle, les variations de température et de salinité en fait une espèce remarquablement tolérante au stress environnemental. Dans la lagune du Brusc, elle peut être exposée à l’air libre lors des marées basses, car il y a très peu de fond. Ces dernières années, elle n’est cependant pas souvent sujette à l’émersion car ses feuilles sont encore assez courtes. En effet, elle est en période de repousse après avoir été très perturbée dans les années 2000.

 

Cette espèce colonise préférentiellement les sédiments meubles, sableux ou vaseux, des lagunes côtières, des estuaires, des baies abritées et des vasières intertidales. C’est pour cela que la lagune du Brusc est un environnement favorable pour elle. Elle est présente le long des côtes atlantiques européennes, ainsi que sur le pourtour méditerranéen et en Afrique du Nord.

 

Sa croissance suit un rythme saisonnier marqué : le développement foliaire est maximal au printemps et en été, période durant laquelle la photosynthèse est la plus active grâce à un ensoleillement favorable, tandis qu’un ralentissement, voire une régression partielle de l’herbier, peut être observé en automne et en hiver. Le rhizome, lui, persiste dans le sédiment d’une année sur l’autre, permettant à la plante de repartir rapidement dès le retour de conditions favorables.

Photo d'un faisceau de feuilles de zostère naine
Ces petites feuilles de zostère naine réalisent la photosynthèse, tandis que ses rhizomes et ses racines s'enfoncent dans le sédiment sableux de la lagune du Brusc.

Les herbiers de zostère naine rendent des services écosystémiques considérables par rapport à leur discrétion apparente. Sur le plan physique, le réseau dense de rhizomes et de racines stabilise le sédiment et limite l’érosion côtière, tandis que le feuillage ralentit les courants et favorise la sédimentation des particules fines en suspension, contribuant ainsi au maintien et à l’engraissement des vasières littorales.

Sur le plan biologique, ces herbiers constituent des habitats et des zones de nourricerie essentielles pour une multitude d’espèces : juvéniles de poissons, crevettes, mollusques et de nombreux invertébrés y trouvent refuge contre les prédateurs et une nourriture abondante. C’est aussi un herbier qui permet aux hippocampes de s’accrocher aux feuilles grâce à leur queue si agile. Dans la lagune du Brusc, on espère bien que la recolonisation du sable nu par les herbiers amènera le retour de l’hippocampe et de juvéniles de multiples poissons. Ces herbiers représentent en outre une ressource alimentaire directe pour certains animaux comme les poissons brouteurs. La saupe (Sarpa salpa) est friande des jeunes feuilles.

Par ailleurs, à l’instar des autres herbiers marins, Zostera noltii joue un rôle non négligeable dans le cycle du carbone : par la photosynthèse, elle capte du dioxyde de carbone (CO2) et en fait de la matière organique. Une partie de cette matière organique s’accumule dans les sédiments environnants, participant à ce que l’on appelle le « carbone bleu », un puits de carbone naturel dont l’importance est de plus en plus reconnue dans la lutte contre le changement climatique. Elle contribue aussi à l’amélioration de la qualité de l’eau en absorbant les nutriments dissous, limitant ainsi les phénomènes d’eutrophisation.

Photo d'un herbier sous marin
Cette prairie sous-marine de la lagune du Brusc est le refuge de nombreuses espèces, notamment dans leurs phases juvéniles. C'est aussi un espace où la photosynthèse permet de capturer du carbone (CO2) dissout dans la mer.
La zostère naine est donc un pilier fonctionnel des écosystèmes intertidaux tempérés. Sa capacité d'adaptation aux milieux contraignants, associée à ses multiples fonctions écologiques —nurserie, séquestration de carbone —, en fait une espèce clé dont la préservation est aujourd'hui un enjeu majeur de la conservation des littoraux. Pour toutes ces raisons, protégeons-la et favorisons sa croissance dans la lagune du Brusc !