Caulerpa racemosa, une algue invasive discrète mais présente dans la lagune du Brusc

Par Agnes Lagroye
Photo de l'algue Caulerpa racemosa
La caulerpe raisin ou caulerpe grappe est une algue verte marine, dont le nom latin est Caulerpa racemosa.

 

 

 

Cette algue, amatrice des eaux chaudes et peu profondes, n’est pas originaire de Méditerranée : c’est une espèce invasive. Dans la lagune du Brusc, elle est assez peu présente, elle est localisée principalement au niveau du récif-barrière de posidonie (Posidonia oceanica) qui forme la limite nord de la lagune. On peut parfois en voir de petites pousses entre les feuilles des herbiers de cymodocée (Cymodocea nodosa) et de zostère (Zostera noltii).

On la reconnait facilement : ses tiges rampantes et ses feuilles en petites perles sont très identifiables ! Les tiges qui permettent à la caulerpe de progresser sur le substrat et de s’étendre s’appellent des stolons. Ces stolons rampants émanent d’un plan de caulerpe, et produisent ensuite une nouvelle plante. Cette nouvelle caulerpe s’ancre alors dans le sol grâce à des rhizoïdes qui prélèvent aussi certains nutriments et minéraux dans le substrat. Ces rhizoïdes ne sont pas des racines, ils ne possèdent pas de vaisseaux conducteurs et sont donc moins efficaces biologiquement. Ils sont l’ancêtre des racines que nous connaissons chez la plupart des plantes terrestres. Quant aux feuilles rondes et rassemblées de cette algue, elles sont à l’origine de ses surnoms vernaculaires, la caulerpe raisin ou la caulerpe grappe.

Cette algue est verte, elle réalise la photosynthèse grâce à ses chloroplastes. Ces compartiments microscopiques permettent à la plante d’obtenir de l’énergie à partir de la lumière du soleil. Cette capacité est l’autotrophie, le pouvoir de fabriquer sa propre matière organique à partir de matière minérale, l’eau et le CO2.

Cette particularité de toutes les plantes sous-marines photosynthétiques leur permet de capturer le carbone atmosphérique qui est dissout dans l’eau. Ce carbone piégé dans les océans est appelé le « Carbone Bleu » (Blue Carbon en anglais), et son rôle dans la lutte contre le changement climatique est de plus en plus reconnu et étudié.

Photo de l'algue Caulerpa racemosa
Feuilles de l'algue Caulerpa racemosa, assemblées en grappes, facilement identifiables.

Caulerpa racemosa est se plaît dans les eaux tempérées chaudes et peu profondes. A l’instar de sa cousine Caulerpa taxifolia, elle a donc tout pour se plaire en Méditerranée et d’installer durablement. La variété que l’on observe de nos jours est probablement originaire d’Australie, bien que cette information soit dure à confirmer de manière absolue. La caulerpe grappe est en effet naturellement présente en Australie, mais aussi en Amérique Centrale et sur certaines côtes africaines.

Son invasion en Méditerranée s’est faite en plusieurs vague, dont la première mention est faite en 1926 en Tunisie. Elle est désormais présente dans les eaux d’au moins 11 pays du pourtour méditerranéen, autour des grandes iles (Corse, Sardaigne, Sicile, Îles Baléares, Crète, Chypre), et son expansion est plus large que celle de Caulerpa taxifolia. Ce genre d’invasion biologique exotique est favorisée par le commerce mondiale maritime, dont les navires traversent les océans du globe en emportant parfois des passagers-surprises.

De plus, Caulerpa racemosa colonise facilement et rapidement de nouveaux milieux grâce à une de ses aptitudes : la fragmentation. En effet, lorsque d’un fragment est arraché, que ce soit par la houle ou l’ancre d’un bateau, il peut réussir à se replanter ailleurs, se développer, et donner ainsi un nouveau plan de caulerpe.

Ce qui inquiète à propos de cette algue est, du fait de ses facultés de croissance et de dispersion, le risque qu’elle vienne homogénéiser les fonds marins. En effet, ses capacités à s’étendre sur les herbiers indigènes (posidonie, cymodocée, zostère) et les différents écosystèmes. De plus, en raison de aptitudes à se régénérer à partir d’un fragment, toute opération d’arrachage peut s’avérer très contre-productive et doit être rigoureusement planifiée et encadrée. En ce moment, la tendance est surtout à la limitation de la propagation via le nettoyage des ancres et des coques, ainsi qu’à l’étude de cette algue dont on sait encore trop peu.

Alors si vous la croisez dans la lagune du Brusc, n’essayez pas de l’arracher, au risque de favoriser encore son expansion.

Photo d'un relief marin avec mousse marine et Caulerpa racemosa
Sur ce relief près du récif de posidonie de la lagune du Brusc, on observe clairement les tiges rampantes de Caulerpa racemosa

Ainsi, Caulerpa racemosa est une algue invasive, dont les effets sur les écosystèmes méditerranéens sont encore peu connus. On peut noter qu’il sera intéressant d’étudier de près son évolution future et sa dispersion dans la lagune du Brusc, un environnement unique et sensible.