Des hippocampes dans la Tamise (Londres)

Par Lei BRUSCADOU

De Londres à Six-Fours : Ce que la renaissance de la Tamise nous apprend pour protéger les hippocampes du Brusc

La nature possède une capacité de résilience qui ne cesse de nous surprendre. Longtemps considérée comme « biologiquement morte » dans les années 1950, la Tamise est aujourd’hui devenue un symbole mondial de restauration écologique. La publication récente de la deuxième édition du rapport The State of the Thames par la Société Zoologique de Londres (ZSL) révèle des avancées spectaculaires qui résonnent bien au-delà des frontières britanniques. Pour nous, protecteurs de la lagune du Brusc, ces résultats offrent un modèle de réussite et une source d’inspiration pour le retour durable de nos propres hippocampes.

Le « Miracle de la Tamise » : Une transformation radicale

En 1957, de larges portions de la Tamise étaient privées d’oxygène, rendant toute vie aquatique impossible. Aujourd’hui, grâce à des décennies d’efforts coordonnés, le fleuve abrite plus de 115 espèces de poissons et une biodiversité florissante, incluant des phoques et même des requins.

Cette métamorphose n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’investissements massifs dans les infrastructures. Le rapport souligne l’impact crucial du « super-égout » de Londres (le Thames Tideway Tunnel), opérationnel depuis 2025, qui permet de capturer 1,6 million de tonnes d’eaux usées non traitées qui se déversaient autrefois dans l’estuaire. Résultat : une amélioration significative du taux d’oxygène dissous, paramètre vital pour la survie des espèces sensibles.

L’hippocampe, sentinelle de la qualité des eaux

L’un des signes les plus marquants de cette guérison est la présence confirmée de l’hippocampe à museau court (Hippocampus hippocampus) dans les eaux de la Tamise. Sa survie dépend directement de deux facteurs clés mis en avant dans le rapport :

  1. La pureté de l’eau : La réduction des polluants comme le phosphore, le cuivre et le zinc a permis de stabiliser les écosystèmes.
  2. L’habitat : Le rapport insiste sur l’importance vitale des herbiers de zostères (Zostera marina). Ces prairies sous-marines stabilisent les fonds et servent de zones de reproduction et de refuge pour les jeunes hippocampes.

Quel rapport avec la lagune du Brusc ?

Bien que nos contextes géographiques diffèrent, les défis sont identiques. La lagune du Brusc, joyau de Six-Fours-les-Plages, partage avec la Tamise cette fragilité face à l’urbanisation. Là où Londres lutte contre les débordements d’égouts, le Brusc doit faire face aux eaux de ruissellement urbain et à la pression nautique.

Le rapport de la ZSL identifie le ruissellement routier et la gestion des terres adjacentes comme des menaces persistantes pour la santé des cours d’eau. C’est précisément ce sur quoi nous devons concentrer nos efforts au Brusc. La préservation de nos herbiers de Posidonies et de Cymodocées est notre priorité absolue, car ils jouent le même rôle écologique que les herbiers de zostères de la Tamise : ils sont la « nurserie » de la lagune.

Les leçons pour notre action locale

Pour favoriser le retour et la pérennité des hippocampes dans le Brusc, le modèle londonien nous suggère trois axes majeurs :

  • Restaurer plutôt que simplement protéger : Le rapport de la ZSL s’inscrit dans la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes. Au Brusc, cela signifie non seulement protéger les zones existantes, mais aussi innover pour recréer des habitats là où ils ont été dégradés.
  • La science citoyenne : Le rapport souligne l’augmentation du volontariat et de l’engagement public dans le suivi de la biodiversité. Le suivi des hippocampes par les plongeurs et les résidents du Brusc est essentiel pour créer une base de données robuste, similaire à celle utilisée pour mesurer les tendances de la Tamise.
  • Une collaboration « quadruple hélice » : Le succès de la Tamise repose sur la collaboration entre les pouvoirs publics, le secteur privé, les institutions scientifiques et la société civile. Pour le Brusc, une gestion intégrée impliquant les plaisanciers, les élus et les associations est la seule voie vers une protection efficace.

Conclusion : L’espoir à l’horizon

La renaissance de la Tamise nous prouve qu’aucun écosystème n’est condamné si l’on s’en donne les moyens. Voir des hippocampes nager à nouveau dans les eaux d’une métropole mondiale comme Londres est un message d’espoir immense.

Si une telle prouesse est possible dans un fleuve industriel, elle l’est d’autant plus dans les eaux claires de notre Méditerranée. En protégeant la qualité de nos eaux et en respectant l’intégrité de nos herbiers, nous préparons le terrain pour que l’hippocampe, cette petite créature si fragile et si emblématique, reprenne durablement ses droits dans la lagune du Brusc. La résilience est à notre portée ; il ne nous reste qu’à agir avec la même détermination que les défenseurs de la Tamise.